10h00, le 5 juillet 2017. Partie dans un convoi de la mort à l’âge de seize ans et demi, Simone Veil a vu sa famille décimée dans les camps. Elle faisait partie des rares rescapés d’Auschwitz et, de son retour jusqu’à ses dernières années, n’a cessé de témoigner. L’expression, magnifique, est de Malraux dans son hommage à Ilrestera de toi. Il restera de toi ce que tu as donné Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton jardin secret Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée. Ce que tu as donné en d'autres fleurira celui qui perd sa vie un jour la trouvera. Il restera de toi ce que tu as offert Entre tes bras ouverts un matin au Ilrestera de toi ce que tu as offert Entre les bras ouverts un matin au soleil. Il restera de toi ce que tu as perdu Que tu as attendu plus loin que les réveils, Ce que tu as souffert En d'autres revivra. Celui qui perd sa vie Un Recommandédans vous en fonction de ce qui est populaire • Inscription. Ce poème de Simone Weil. Il restera de toi · Il restera de toi Il restera de toi ce que tu as donnéAu lieu SIMONEVEIL La politique au service des femmes Simone Veil, rescapée de l’enfer d’Auschwitz 10h00 , le 5 juillet 2017 Partie dans un convoi de la mort à l’âge de seize ans et demi, Simone Veil a vu sa famille décimée dans les camps. Elle faisait partie des rares rescapés d’Auschwitz et, de son retour jusqu’à ses dernières années, n’a cessé de . 2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 1337 Il restera de toi ce que tu as donné. Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. Il restera de toi de ton jardin secret, Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée. Ce que tu as donné En d'autres fleurira. Celui qui perd sa vie Un jour la trouvera. Il restera de toi ce que tu as offert Entre les bras ouverts un matin au soleil. Il restera de toi ce que tu as perdu Que tu as attendu plus loin que les réveils, Ce que tu as souffert En d'autres revivra. Celui qui perd sa vie Un jour la trouvera. Il restera de toi une larme tombée, Un sourire germé sur les yeux de ton coeur. Il restera de toi ce que tu as semé Que tu as partagé aux mendiants du bonheur. Ce que tu as semé En d'autres germera. Celui qui perd sa vie Un jour la trouvera. Simone Veil Published by Leya - dans La poésie des larmes Publié le 09/08/2013 à 0349 , mis à jour à 0758 Triste et humide. Hier, le ciel de Bagnères-de-Bigorre était à l’image du chagrin de ses habitants, bouleversés d’avoir perdu davantage sans doute que leur maire un ami, un proche, une figure paternelle. Plusieurs centaines de personnes sont restées aux portes de l’église Saint-Vincent pour écouter la retransmission audio des obsèques, autant se trouvaient à l’intérieur de l’édifice pour assister à la cérémonie religieuse pour dire adieu, à monsieur le maire». Le cercueil de Rolland Castells, porté par les Chanteurs montagnards d’Alfred Roland, est entré dans l’église sur une douce mélodie de Django Reinhardt, précédé par les porte-drapeaux des associations d’anciens combattants. Après la prise de parole bouleversante de son fils Yann, son neveu Victor a retracé brièvement sa vie et son amour pour le Stade bagnérais tu es parti trop vite, tu nous manques déjà». L’épouse de l’ancien maire de Bagnères André de Boysson a témoigné de la profonde amitié qu’avait son mari» pour Rolland Castells Mon mari l’aimait comme un fils. Il était admiratif de son intelligence, de sa fidélité, de sa force de travail et de son humanisme». La cérémonie religieuse célébrée par l’évêque, Mgr Nicolas Brouwet, a été marquée par d’autres moments d’émotion la lecture du splendide poème de Simone Veil, Il restera de toi», choisi par sa compagne Agnès, et après l’offertoire, un Agnus Dei» des Chanteurs montagnards d’Alfred Roland à vous donner des frissons. Le temps des discours civils a suivi celui de l’office religieux. C’est le premier adjoint au maire de Bagnères, Jean-Bernard Sempastous, qui a pris la parole le premier Il y a trois sortes d’hommes avec lesquels il est utile de se lier d’amitié les hommes droits, les hommes sincères et les hommes qui ont beaucoup appris. Rolland Castells était l’un de ces hommes, il était mon ami et mon père spirituel. Pendant près de vingt ans, à ses côtés, j’ai grandi et j’ai appris». Jean-Bernard Sempastous a mis en avant sa pugnacité» tout autant que son côté pédagogue». Pour l’élu, ses nombreuses réalisations des grands thermes au stade nautique De-Boysson, en passant par les halles, Aquensis, l’Alamzic, jusqu’au site industriel Soulé resteront le témoignage de sa formidable vitalité de bâtisseur». Il a rendu également hommage au grand sportif, ancien rugbyman, fervent supporter du Stade bagnérais, qui aimait aussi beaucoup le vélo». Michel Pélieu, président du conseil général dont il était un élu combatif et constructif, a usé de la métaphore du bloc et de la montagne» pour décrire ce gaillard» qui, parfois, avait une face un peu abrupte, comme toutes les montagnes». Et dans le même temps, Michel Pélieu a fait l’éloge de l’homme de consensus, éloigné des politiques partisanes et des considérations idéologiques», au service exclusivement du développement équilibré de son territoire et du bien-être de ses habitants. Comme tu avais coutume de dire que Bagnères ne t’appartenait pas, c’est toi qui lui appartenais». Il revenait au préfet des Hautes-Pyrénées Henri d’Abzac de rendre l’hommage de la République à l’un de ses serviteurs. De la passion du rugby, a-t-il souligné, il a tiré le goût de la compétition, du combat loyal, de l’esprit d’équipe, de l’endurance et de la ténacité.» Des qualités qu’il a mises au service de son engagement public déterminé et durable», démontrant un attachement profond à sa commune, sa vallée et ses montagnes». Le représentant de l’État a mis en avant sa politique active de reconversion économique, sociale, notamment, en faveur de l’insertion des jeunes et culturelle. Ce sont des personnalités comme les siennes qui forgent notre pacte républicain», a-t-il conclu. À la fin des discours, l’assistance a retenu son souffle pour un ultime moment d’émotion. Sur la musique de Sound of silence», de Simon and Garfunkel, le cercueil de Rolland Castells, porté par les joueurs du Stade bagnérais, est sorti de l’église sous les applaudissements. Pour rejoindre l’éternité. François Bayrou était là et de nombreuses personnalités François Bayrou, président du MoDem auquel avait appartenu Rolland Castells, a assisté aux obsèques, comme le président de la région Martin Malvy, le président du conseil économique et social Jean-Louis Chauzy, la députée Jeanine Dubié, les députés honoraires Pierre Forgues et Chantal Robin-Rodrigo, les sénateurs François Fortassin et Josette Durrieu, les maires de Tarbes et de Lannemezan Gérard Trémège et Bernard Plano. Le député Jean Glavany était retenu à l’étranger. Une grande partie des conseillers généraux était présents pour rendre hommage à leur collègue, de même que la plupart des anciens joueurs du Stade bagnérais et des personnalités de la cité thermale comme Jean-Michel Aguirre et Jean Gachassin. L’ancien sous-préfet David Ribeiro a aussi fait le déplacement depuis l’Isère. Table des matièresLa rencontre du Christ Unir mystique et politique Refus de l’institution ecclésiale Contemplation acquise et passive Engagement dans la résistance Exil aux Etats-Unis Le sens d'une mort désirée Cette disposition de l’homme à dominer autant qu’il peut, Simone Weil l’appelle la pesanteur, en raison de son universelle attraction. Rien n’échappe à ce désir de domination. C’est comme les poules qui se précipitent à coups de bec sur une poule blessée ». Pour éviter cette cruauté naturelle, individuelle ou collective, il faudrait renoncer à dominer là même où on en a le pouvoir retenir en soi l’appétit de puissance. Mais puisque la loi de la pesanteur est universelle, une telle retenue relève du miracle. Lucide, Simone Weil lit les effets de cette pesanteur dans son propre comportement dans ses crises de migraine de plus en plus fréquentes et violentes, elle ressent le besoin d’infliger sa pesanteur à autrui. Celui qui souffre ne se tient plus en lui-même ; il voudrait faire du mal pour combler ce vide en soi en le créant chez autrui ». La grâce, pour elle, serait de supporter le vide créé par la douleur et de renoncer ainsi à la force. Mais comment se délivre-t-on de ce qui est comme la pesanteur ? » Elle trouvera une partie de la réponse dans ce que l’on peut appeler son expérience mystique. Simone Weil avait été élevée dans l'agnosticisme, voire l'athéisme le plus total. Ce n'est pas au sein d'une tradition religieuse qu’elle rencontrera le divin, elle qui déclare n’avoir jamais, à aucun moment, cherché Dieu ». Elle n'affirmait ni ne niait, estimant qu'étant en ce monde, notre affaire était d'adopter la meilleure attitude à l'égard des problèmes de ce monde et que cette attitude ne dépendait pas de la solution du problème de Dieu » Attente de Dieu AD, pp. 70-7l. C’est ainsi qu'elle rencontra le christianisme… et plus directement le Christ. Immédiatement après son année d’usine, lors d’un voyage avec ses parents au Portugal, en 1934, elle vit une première expérience forte – Dieu sensible au cœur » – lui faisant découvrir le christianisme comme la religion des esclaves » Étant dans cet état d’esprit, et dans un état physique misérable, je suis entrée dans ce petit village portugais, qui était, hélas, très misérable aussi, seule, le soir, sous la pleine lune, le jour même de la fête patronale. C’était au bord de la mer. Les femmes des pêcheurs faisaient le tour des barques, en procession, portant des cierges, et chantaient des cantiques certainement très anciens, d’une tristesse déchirante. Rien ne peut en donner une idée. Je n’ai jamais rien entendu de si poignant, sinon le chant des haleurs de la Volga. Là j'ai eu soudain la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves, que des esclaves ne peuvent pas ne pas y adhérer, et moi parmi les autres AD, p. 75. En 1937, Simone Weil séjourna deux jours à Assise J’ai passé à Assise deux jours merveilleux. Là, étant seule dans la petite chapelle romane du XIIe siècle de Santa Maria degli Angeli, incomparable merveille de pureté, où saint François a prié bien souvent, quelque chose de plus fort que moi m'a obligée, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux. » AD, p. 75. C’est dans ce même étonnement qu’elle rencontre le Christ humble et pauvre, à l’âge de 29 ans En 1938, j'ai passé dix jours à Solesmes, du dimanche des Rameaux au mardi de Pâques, en suivant tous les offices. J'avais des maux de tête intenses ; chaque son me faisait mal comme un coup ; et un extrême effort d'attention me permettait de sortir hors de cette misérable chair, de la laisser souffrir seule, tassée dans son coin, et de trouver une joie pure et parfaite dans la beauté inouïe du chant et des paroles. Cette expérience m’a permis par analogie de mieux comprendre la possibilité d'aimer l’amour divin à travers le malheur. Il va de soi qu’au cours de ces offices la pensée de la Passion du Christ est entrée en moi une fois pour toutes AD, p. 75. Cette possibilité d'aimer l'amour divin à travers le malheur » constitue une expérience mystique chrétienne authentique. François d’Assise pleurait que l’Amour ne fût pas aimé. À Solesmes, Simone Weil est visitée par une grâce étonnante Il y avait là un jeune Anglais catholique qui m'a donné pour la première fois l'idée d'une vertu surnaturelle des sacrements, par l'éclat véritablement angélique dont il paraissait revêtu après avoir communié. Le hasard – car j'aime toujours mieux dire hasard que Providence – a fait de lui, pour moi, vraiment un messager. Car il m'a fait connaître l'existence de ces poètes anglais du XVIIe siècle qu'on nomme métaphysiques. Plus tard, en les lisant, j'y ai découvert le poème... qui est intitulé Amour. Je l'ai appris par cœur. Souvent, au moment culminant des crises violentes de maux de tête, je me suis exercée à le réciter en y appliquant toute mon attention et en adhérant de toute mon âme à la tendresse qu'il enferme. Je croyais seulement lire un beau poème, mais à mon insu, cette récitation avait la vertu d'une prière. C'est au cours d'une de ces récitations que... le Christ lui-même est descendu et m'a prise... Dans cette soudaine emprise du Christ sur moi, ni les sens ni l'imagination n'ont eu aucune part ; j'ai seulement senti à travers la souffrance la présence d'un amour analogue à celui qu'on lit dans le sourire d'un visage aimé AD, p. 76. Simone Weil récite le poème Love de George Herbert 1593-1633 pour ne pas répandre sa douleur autour d’elle, pour ne pas souiller le monde de sa plainte. Elle le récite en y appliquant toute mon attention », c’est-à-dire en renonçant à la force, en consentant au vide, et c’est ainsi qu’elle lui trouve la vertu d'une prière », et que le Christ lui-même est descendu et m’a prise ». Amour m’a dit d’entrer, mon âme a reculé,Pleine de poussière et de Amour aux yeux vifs, en me voyant faiblirDe plus en plus, le seuil passé,Se rapprocha de moi et doucement s’enquitSi quelque chose me manquait. Un hôte, répondis-je, digne d’être dit Amour, ce sera le sans-cœur, le très ingrat ? Oh mon aimé,Je ne puis pas te regarder !Amour en souriant prit ma main et me dit Qui donc fit tes yeux sinon moi ? Oui, mais j’ai souillé les miens, Seigneur. Que ma fonteS’en aille où elle a sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ?Lors, mon aimé, je veux dit Amour, et goûte ma j’ai pris place et mangé. Pour Simone Weil, le paradoxe de cette expérience mystique, pourtant la plus personnelle de toutes les expériences, réside dans le fait qu’elle est fondamentalement la même pour les hommes et les femmes, qu’ils soient grecs ou chrétiens, musulmans ou juifs, en France, en Allemagne comme en Arabie, en Perse ou ailleurs. Le Christ l’a saisie comme il a saisi saint Paul et beaucoup d’autres. Au père Perrin elle avoue qu’elle n’avait jamais pensé qu’un tel contact de personne à personne, ici-bas, entre un être humain et Dieu » fût possible. J’avais vaguement entendu parler de choses de ce genre, mais je n’y avais jamais cru. Dans les Fioretti, les histoires d’apparition me rebutaient plutôt qu’autre chose, comme les miracles dans l’Évangile. » Le Christ lui-même est descendu et m’a prise. » Sans se départir de sa méthode, Simone Weil écarte les soupçons qui pourraient venir à l'esprit de son lecteur. Comment a-t-elle senti cette emprise du Christ sur elle ? Ni les sens, précise-t-elle, ni l'imagination n’ont eu part à cette certitude. Dans le cœur de sa souffrance même, elle a senti la présence de l'amour, amour analogue à celui qu’on lit dans le sourire d'un visage aimé ». Cette intuition n’est pas née de lectures antérieures. Jamais auparavant elle n’avait ouvert la littérature mystique. D'ailleurs, jamais auparavant elle n’en avait eu l'appétit, comme si Dieu avait préservé son intelligence de tout contact avec cette expérience, fût-elle livresque. Se rend-elle immédiatement à cette révélation ? Son amour s’y rend, mais son intelligence s’y refuse. Elle décide alors de chercher ce que cette illumination peut recéler de vérité, avec toute son attention. Elle n’a pas peur de se lancer dans cette enquête. Puisque le Christ est vérité, c’est lui qu'elle trouvera en y accédant. C'est donc vers lui qu’elle reviendra, tout naturellement. Elle rentre de Solesmes avec sa mère, impatiente de s'absorber dans ses investigations. Elle sait où découvrir les indices. Dans les livres. Un travail immense l’attend, mais elle a la foi La foi, c’est l’expérience que l’intelligence est éclairée par l’amour. » De cette expérience elle ne parlera à personne, sinon, in extremis, au père Joseph-Marie Perrin et au poète Joë Bousquet, dans une lettre qu’elle leur adressera à partir de New-York, sachant qu’elle ne les reverra plus. Car elle est extrêmement discrète et pudique en ce qui regarde sa foi. Rien ne lui fait plus horreur qu’une adhésion ostensible à une collectivité, Église ou parti. Elle hésite sur le seuil du baptême, et décidera finalement d’y renoncer pour préserver la liberté de son intimité avec Dieu. Sa foi reste secrète, mais cependant agissante comme levain dans la pâte. Simone Weil cherche inlassablement le rapport entre mystique et politique, entre contemplation et action, entre connaissance surnaturelle et sciences. Le salut serait d’aller au lieu pur où les contraires sont un. » Les heurts entre les différentes cultures ne la découragent pas ; ils attisent son intelligence, excitent sa méthode analogique. Passionnée par les mythes grecs, elle voit par exemple le Christ dans la figure de Prométhée, avec la détermination du temps et de l’espace en moins ». Dans la tragédie d’Antigone de Sophocle, elle voit l’illustration de la parole évangélique Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » Ac 4,19 et 5,29. Et l’axiome d’Archimède, Donne-moi un point d’appui et j’ébranlerai le monde » est pour elle une prophétie Le point d’appui est la Croix, intersection du temps et de l’éternité. » Simone Weil remet en question l’opposition traditionnelle entre les mythes des sources grecques et les mystères chrétiens, si bien qu’elle passera pour n’avoir pas vu l’originalité du christianisme cf. Daniélou, Moeller. À ses yeux, il n’y a pas de doute que géométrie grecque et foi chrétienne ont jailli de la même source, puisqu’il y a conciliation entre vérité et justice. La civilisation occidentale souffre d’une scission entre culture et spiritualité et ce n’est qu’en éclairant vivement la relation du christianisme aux autres cultures dites païennes que cette fracture peut être surmontée. Tant que le hiatus demeure entre vie profane et vie spirituelle, le christianisme ne sera pas incarné, il n’imprégnera pas toute la vie profane comme il le doit, il en restera séparé et par suite non agissant ». Il n’y a pas le point de vue chrétien et les autres, mais la vérité et l’erreur. Non pas ce qui n’est pas chrétien est faux, mais tout ce qui est vrai est chrétien. » Il y a des vérités explicites dans les autres religions que la religion chrétienne contient implicitement. Et vice versa, il y a des vérités explicites dans le catholicisme que les autres religions contiennent implicitement. SW se sent chrétienne sans ambiguïté, mais refuse de reconnaître au christianisme une primauté spirituelle dans l’histoire, dans l’espace ou dans le temps. Profondément touchée par la figure du Christ et son message, Simone Weil a manifestement beaucoup de réticence à l’égard de l’institution ecclésiale, en raison notamment de son amour des religions non chrétiennes, et surtout celle de la Grèce antique. Il faut se rappeler ici le regard que portaient alors la plupart des théologiens à leur endroit Hors de l’Église, pas de salut ! » À la lecture de Attente de Dieu et surtout de Lettre à un religieux, on voit qu’elle est à la recherche d’une certitude intellectuelle qui la contraigne à demander le baptême. Mais ses exigences rationnelles freinent une démarche qui semble pourtant très avancée à l’intime du cœur. Elle aime débattre sans répit, avec une impitoyable logique, jusqu’à l’obstination cf. sa correspondance avec le père Joseph-Marie Perrin et le père Couturier. Parfois jusqu’à l’exaltation. Dans sa recherche philosophique, elle a été marquée par le stoïcisme cf. Intuitions pré-chrétiennes. Mais son stoïcisme n’est pas celui de la tradition romaine, marquée par un volontarisme austère, mais bien plutôt celui des Grecs, qui se montre ouvert à un univers religieux. En partant de l’harmonie cachée dans l’ordre de monde, il culmine dans la contemplation du Logos, conçu comme un feu subtil qui pénètre l’univers et l’ordonne. Le stoïcien grec consent » librement à la nécessité » qui préside au déroulement de l’univers, dépasse les contingences apparentes et pénètre ainsi dans le royaume de la beauté parfaite. Son âme, comme une étincelle, s’identifie au feu subtil qui soutient l’ordre apparemment aveugle du monde. Cette doctrine rejoint la mystique néo-pythagoricienne, fascinée par l’harmonie des nombres, qui a fortement marqué Platon. Une tradition voudrait que celui-ci ait fait graver au fronton de l’Académie, l’école qu’il fonda à Athènes Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre ! » Cette tradition est très tardive – postérieure d’au moins dix siècles à Platon – mais conforme dans l'esprit, comme on peut s'en convaincre en relisant ce que disait Platon des sciences propres à la formation du philosophe livre VII de la République, et en particulier du rôle de la géométrie en République, VII, 526c8-527c11, qui sont des préalables destinés à tester et développer la capacité d'abstraction de l'étudiant, c'est-à-dire son aptitude à dépasser le stade des sensations qui nous maintiennent dans l'ordre du visible et du monde matériel pour s'élever jusqu'à l'intelligible pur. Devant les malheurs du monde, Simone Weil se refuse à voir la Providence divine. Comment voir dans la bombe qui épargne ma maison mais qui anéantit l’hôpital voisin une manifestation de la Providence ? Elle préfère parler d’un ordre impersonnel » du monde que de la volonté de Dieu », comme l’enseignait la théologie de l’époque. Pour la même raison elle rejette les miracles, qui seraient des entorses au déroulement nécessaire » de l’univers. La beauté du monde est impersonnelle. Elle assimile l’espérance chrétienne à l’amor fati, dont elle voit la manifestation dans la passion de Jésus, crucifié par un monde aveugle C’est en ce sens qu’elle applique au christianisme la formule ambigüe de religion des esclaves » des esclaves crucifiés par l’aveugle nécessité de la société. Avant la lecture du poème de George Herbert, elle n'avait, comme on l’a dit, jamais lu un seul écrit mystique AD, p. 45. Ce n’est qu’en juin 1941, lors de son séjour chez Gustave Thibon qu’elle découvrira – en grec – les mots du Notre Père. Elle s’engage aussitôt à l’apprendre par cœur, découvrant la douceur infinie de ce texte » qui la saisit tellement qu'elle ne peut s'empêcher de le réciter dès lors presque continuellement. Se bornant à cette unique pratique religieuse, elle s'astreint à recommencer cette récitation jusqu'à ce qu'elle obtienne une attention absolument pure ». Elle connaît alors cet état que les théologiens de la vie spirituelle ont nommé la contemplation acquise » Parfois les premiers mots déjà arrachent ma pensée à mon corps et la transportent en un lieu hors de l'espace d'où il n'y a ni perspective ni point de vue. L'espace s'ouvre. L'infinité de l’espace ordinaire de la perception est remplacée par une infinité à la deuxième ou quelque fois troisième puissance. En même temps, cette infinité d'infinité s'emplit de part et d'autre de silence, un silence qui n'est pas une absence de son, qui est l’objet d’une sensation positive, plus positive que celle d'un son. Les bruits, s'il y en a, ne me parviennent qu'après avoir traversé ce silence AD, p. 48-49. Simone Weil décrit ici ce que les théologiens de la vie spirituelle nomment la nuit des sens », le sommeil des puissances », ou le silence des facultés de surface de l'âme ». Jusque-là son expérience ne dépasse pas la contemplation acquise » ; mais voici qui ressemble au premier degré de la contemplation passive Parfois aussi, pendant cette récitation ou à d'autres moments, le Christ est présent en personne, mais d'une présence infiniment plus réelle, plus poignante, plus claire et plus pleine d'amour que cette première fois où il m'a prise. » AD, p. 49. De 1934 à 1941, Simone Weil est comme saisie par une vraie vie mystique. Sa rencontre avec le Christ, qu'elle s’efforce de rejoindre en participant aux souffrances du monde, marque une étape dans sa vie. Elle sait désormais que quelque chose fait exception à la pesanteur, qu’elle nomme la grâce »… en contraste avec le règne de la force qui s’impose dans le même temps en Europe, tandis que l’Allemagne nazie envahit la France. Le 1er septembre 1939 la Wehrmacht envahit la Pologne, et le 17 c’est au tour de l’Armée rouge, selon le pacte secret germano-soviétique. Le 1er septembre, c’est aussi la mobilisation générale le 2 en Suisse. Le 3 septembre, déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France ainsi que de l’Australie et de la Nouvelle Zélande. Simone Weil rédige Quelques réflexions sur l’origine de l’hitlérisme. Le 10 mai 1940, début de l'opération Fall Gelb, offensive allemande à l'Ouest contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. C'est aussi le début de la Bataille de France et la fin de la Drôle de guerre. Déclarée ville ouverte dès la débâcle, Paris est occupée par la Wehrmacht le 14 juin 1940. Le 15 juin 1940, Simone Weil est obligée, en raison de ses origines juives, de monter à contrecœur avec ses parents dans le dernier train qui quitte Paris en direction du sud, en zone libre ». Elle s’arrête d’abord à Nevers, puis, en raison de l’arrivée des Allemands, s’échappe en direction de Vichy quelques jours avant que Pétain n’y installe son gouvernement – juste le temps pour elle de s’occuper du sort des prisonniers de guerre coloniaux –, et arrive enfin à Marseille, d’où elle ne songe qu’à s’embarquer pour l’Angleterre afin d’y rejoindre les jeunes forces de la France Libre. Mais à Marseille elle ne demeure pas inactive. Elle écrit dans les Cahiers du Sud, et distribue clandestinement, au risque de sa vie, les Cahiers du Témoignage chrétien, créés pour lutter contre la collaboration avec le nazisme. Elle se préoccupe aussi du sort de travailleurs indochinois regroupés au camp de Mazargues en leur distribuant ses tickets d’alimentation et en intervenant pour eux auprès des autorités. Elle se lie avec René Daumal[1] et Lanza del Vasto, fréquente la Société d’études philosophiques de Marseille animée par Gaston Berger[2] et lit Initiations à la physique de Max Planck. Mais en octobre 1941 elle n’hésite pas à abandonner ses travaux érudits études du Tao te King de Lao-tseu et des Upanishad pour aller travailler comme ouvrière agricole chez l’écrivain-agriculteur Gustave Thibon, puis aux vendanges dans le Gard à Saint-Julien-de-Peyrolas, ce qui fut vite un véritable enfer pour elle, car la tuberculose commençait à la miner Un jour je me demandai si je n'étais pas morte et tombée en enfer sans m’en apercevoir, et si l'enfer ne consistait pas à vendanger éternellement. » La Pesanteur et la Grâce, p. VI. C’est le dominicain Joseph-Marie Perrin qui l’a mise en relation avec Thibon. Elle s’entretient régulièrement avec ce religieux sur les problèmes qui la tiennent à distance de l’Église. En 1942, elle suit la Semaine Sainte à l’abbaye d’En-Calcat, s’y entretient avec Dom Clément Jacob qui la considère comme hérétique. Ses parents la persuadent, difficilement, de quitter la France et de rejoindre son frère André qui l’a précédée à New-York. Le 14 mai, elle embarque pour les USA, via Casablanca. Le voyage dure un mois du 7 juin au 8 juillet durant lequel elle sent douloureusement se creuser l’écart qui la sépare de son pays natal. Consentant à contrecœur à s’exiler aux États-Unis pour mettre ses parents à l’abri de l’antisémitisme, elle fréquente à New-York Jacques Maritain et le père Couturier. Mais elle ne rêve que de rejoindre la Résistance, cherchant à s’y s'engager au plus tôt. Après de multiples démarches – elle écrit à Jacques Soustelle et à Maurice Schumann – elle parvient enfin à embarquer pour Londres pour y rejoindre la France Libre. Le 10 novembre 1942, elle s’embarque sur un bateau suédois en partance pour Liverpool et rejoint le Conseil national de la Résistance. Elle se démène pour obtenir une mission en France occupée, ce qui lui est refusé en raison de son état de santé. Elle est aussi, lui dit-on, trop connue des services allemands. Ce refus est pour elle comme une mort. Elle écrit à un capitaine anglais N’importe quel degré de danger me serait bienvenu si seulement je pouvais faire quelque chose de réellement utile. Ma vie n’a pour moi aucune valeur aussi longtemps que Paris, ma cité natale, est soumise à la domination allemande. » Introduite par des amis dans la Direction de l’Intérieur de la France libre », on lui demande de travailler plutôt sur ce qui pourrait être la future Constitution de la France, une fois libérée. Ce travail inachevé, dans lequel elle investira ses dernières forces, donne naissance à son maître-livre, L’Enracinement, dont le sous-titre éclaire bien le projet Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain. Car l’homme, à ses yeux, est un être de devoirs – celui d’abord de reconnaître ce qui le lie originellement à ses frères – bien avant d’avoir des droits voir Écrits de Londres. À partir de ce moment, choisissant de se contenter de la ration alimentaire officielle allouée aux Français de France, elle distribue ses tickets de ravitaillement aux plus nécessiteux. Un trait encore elle s’est trouvé une chambrette dans un quartier très pauvre de Londres, Holland Park, chez Mrs Francis qui doit prendre soin de ses deux enfants de 9 et 14 ans. Simone Weil consacre une part de son précieux temps à leur raconter des histoires spécialiste des contes, elle en connaît de merveilleux. Jusqu’à la fin elle reste tourmentée dans sa quête religieuse par la dichotomie, insupportable à ses yeux, entre d’une part sa foi au Christ, jointe à un ardent désir de l’Eucharistie, et d’autre part son impossibilité rationnelle d’accepter certaines positions de l’Église. Elle allait à la messe tous les dimanches et souvent en semaine. Parfois Maurice Schumann l’accompagnait, mais elle le quittait au seuil de l’église parce qu’elle préférait être seule pendant l’office. Quatre mois de désillusions et de privations achèveront de l’épuiser. Exténuée, souffrant de malnutrition, atteinte de tuberculose, elle est retrouvée inconsciente chez elle, un matin, par son amie Simone Deitz. Elle est alors hospitalisée à l’hôpital Middlesex. Sur son lit d’hôpital, elle reprend la lecture de la Gîtâ en sanscrit. En désaccord avec certaines orientations de La France Libre, reprochant au mouvement gaulliste ses prétentions à l’hégémonie, elle démissionne de ses fonctions. Transférée au sanatorium d’Ashford Kent le 17 août, elle s’y éteint le 24 août 1943, à l’âge de 34 ans, d’une défaillance cardiaque. Elle sera enterrée dans la partie du cimetière réservée aux catholiques. Le prêtre qui devait accompagner l’inhumation n’arrivera pas il a manqué son train ! La vie de Simone Weil pourrait se résumer dans cette phrase qu'elle écrivait à G. Thibon Je n'ai jamais pu encore vraiment me résigner à ce que tous les êtres humains autres que moi ne soient pas complètement préservés de toute possibilité de malheur. » PG, p. VII. Dans un document connu sous le nom d’Autobiographie spirituelle elle avait écrit au père Perrin J’ai toujours cru que l’instant de la mort est la norme et le but de la vie. Je pensais que pour ceux qui vivent comme il convient, c’est l’instant où pour une fraction infinitésimale du temps la vérité pure, nue, certaine, éternelle entre dans l’âme. Je peux dire que jamais je n’ai désiré pour moi un autre bien. » Note de l'auteur Cet exposé est nourri des travaux des nombreux auteurs qui se sont penchés sur Simone Weil et auxquels je n'ai pas hésité à emprunter, tout en renonçant ici à en mentionner les références, afin de ne pas en alourdir le propos.» Simone Weil une vie en quête de vérité 1/4Simone Weil une vie en quête de vérité 3/4 [1] Poète, critique, essayiste, indianiste, écrivain et dramaturge, René Daumal 1908-1944 avait rencontré Simone Weil dans la classe d’Alain au Lycée Henri IV. À Marseille, il lui enseigne le sanskrit, dont il avait composé une grammaire. [2] Le père du chorégraphe Maurice Béjart. Il restera de toi Simone Veil Il restera de toi…Il restera de toi...ce que tu as lieu de le garder dans des coffres restera de toi de ton [size=13]jardin secret,Une fleur oubliée qui ne s'est pas que tu as donnéEn d'autres qui perd sa vieUn jour la trouvera.[/size] Il restera de toi ce que tu as offertEntre les bras ouverts un matin au restera de toi ce que tu as perduQue tu as attendu plus loin que les réveils,Ce que tu as souffertEn d'autres qui perd sa vieUn jour la trouvera. Il restera de toi une larme tombée,Un [size=13]sourire germé sur les yeux de ton restera de toi ce que tu as seméQue tu as partagé aux mendiants du que tu as seméEn d'autres qui perd sa vieUn jour la trouvera.[/size]Simone Veil Ninnenne 17 juin 2022 Famille Vous êtes dans la douleur d’avoir perdu un être cher et vous souhaitez lui rendre un vibrant hommage à l’occasion de ses obsèques. Pourquoi ne pas opter pour la traditionnelle et intemporelle récitation d’un poème, ce serait sûrement une belle manière de magnifier les moments de qualité que vous avez passés avec le défunt. Vous ne savez pas quel poème choisir ? Pas d’inquiétude, on vous donne des astuces et quelques exemples prêts à l’emploi dans cet article. Organisation des funérailles choix d’un poème pour l’enterrement et avantages de l’assurance obsèques Les cérémonies d’obsèques sont des moments d’intenses émotions pour les personnes éplorées. L’intervention des proches du défunt est généralement requise pour rendre un dernier hommage à la personne disparue. Parmi ces interventions on retrouve des discours, des chants et aussi un poème bien choisi pour ressortir les moments inoubliables passés avec l’être cher qui est parti. A lire également L'intergénérationnel, qu'est-ce que c'est ? Une meilleure façon d’honorer le disparu serait de recourir à un contrat d’assurance obsèques que ce dernier aurait souscrit de son vivant. Cette assurance est financée par des cotisations régulières. Il permet à l’assuré de constituer un capital bloqué en vue de ses obsèques futures. Ce contrat offre de nombreux avantages entre autres une exonération d’impôts lors du versement du capital aux ayants droit, la non-prise en compte des fonds bloqués dans le calcul des droits de succession, le choix d’une entreprise spécialisée pour assurer les funérailles, etc. Vous pourrez en apprendre davantage en allant voir sur Lire également Quels sont les droits d'une personne handicapée ? Notre sélection de poèmes pour un enterrement Vous allez choisir un poème en fonction de ce que le disparu représentait pour vous. Vous pouvez le composer vous-même ou alors vous inspirer de certains classiques qui ont traversé les âges. Le choix du poème pourra aussi tenir compte de ce que le défunt avait comme préférence. Nous vous donnons à la suite, une sélection de quelques poèmes qui pourront vous intéresser et vous permettre de rendre un hommage digne à votre défunt. La mort n’est rien » de Charles Deguy Ce poème fut prononcé pour la première fois le 15 mai 1910. Il est l’œuvre de Charles Deguy. Sa paternité est toutefois remise en cause car certains l’attribuent à Henry Scott Holland. Ce poème célèbre a été récité lors des obsèques du Roi Edouard VII. L’adieu » de Guillaume Apollinaire Ce poème est particulier de par sa longueur. Seulement 5 vers pour un au revoir émouvant. Il a été composé par Guillaume entre 1880 et 1918. Le poème de Simone Veil intitulé Il restera de toi » Le poème écrit par Simone parle de l’héritage laissé par la personne disparue. Ce poème montre que le défunt est peut-être parti physiquement, mais il continue à vivre au travers de ses actions et de la marque laissée dans les cœurs de ceux qui restent. Le poème de Paul Eluard intitulé La nuit n’est jamais complète » C’est après perdu deux de ces muses, que Paul va écrire ce poème en 1951. La tristesse » d’Alfred de Musset Ce poème est un extrait de derniers vers » écrit en 1840 par Alfred de Musset. 197

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